LE PHOQUE VEAU-MARIN (Phoca vitulina), EN BAIE DES VEYS

Baie des Veys, réserve naturelle de Beauquillot, le 20 juin 1991, quelques naturalistes du Groupe Mammalogique Normand observent des phoques dans le cadre du suivi de ce groupe de mammifères marins qui fréquente la baie. A 17 heures 42, une femelle se tient à l'écart de ses congénères et, à la faveur d'un mouvement, les observateurs distinguent la silhouette d'un jeune animal néonate blotti contre le flanc de sa mère.

Cet événement constituait la première observation d'un jeune phoque veau-marin accompagné de sa mère sur les côtes de France, après plus de quarante années de disparition supposé. En effet, à cette époque, le livre rouge des espèces menacées l'indiquait comme ayant disparu de notre pays, c'est à dire qu'i 1 ne s'y reproduisait plus ! Cette information permettait à la fois de prouver la reproduction dans notre pays et de mettre en évidence l'intérêt de la baie des Veys en général et de Ici partie maritime de la réserve naturelle en particulier, pour cette espèce à forte voleur patrimoniale (espèce protégée au niveau national, citée dans les annexes de la directive européenne « Habitats » et de la convention de Berne ... ).

En fait, cette importante donnée vient couronner plusieurs années de travail acharné qui ont débutées en 1983. Cette année, un mouvement d'intérêt national en faveur des mammifères marins se structure et le Groupe Mammalogique Normand (G.M.N.) participe au réseau « PHOQUES », animé par le Centre National d'Etudes des Mammifères Marins (C.N.E.M.M.) pour la Manche et l'Atlantique. Cependant, l'état des connaissances nécessite un effort important pour obtenir des informations complémentaires

En 1985, le Secrétariat d'État chargé de la mer renforce L'Observatoire National des Mammifères Marins est créé en 1992. bons le cadre de cet observatoire, le Ministère de l' Environnement confie la préparation du programme « veau-marin » à l'association Picardie-Nature. Cette mission consiste surtout à mettre en place un suivi cohérent des populations au niveau national et d'élaborer un protocole de description des sites d'accueil de l'espèce en France.

De 1988 à 1992, le Groupe Mammalogique Normand développe un programme d'études en baie des Veys destiné à:

  • suivre quantitativement les effectifs

  • aborder la dynamique de population,

  • cerner les modalités d'utilisation spatio-temporelle du site par les phoques.

Les méthodes de suivi consistent à dénombrer les individus lorsque les animaux sortent de l'eau pour se hisser sur des bancs de sable ou de vase, des f lèches de sable, des récifs ou des rochers qui subissent bi-quotidiennement l'effet de la marée. Ces sites particuliers d'activité sont appelés « reposoirs ». Les reposoirs, offrent un accès facile et correspondent aux exigences de sécurité des phoques. Leur topographie est particulièrement importante. Les animaux utilisent la berge abrupte qui permet une fuite rapide dans l'eau lors d'un dérangement. Les reposoirs de basse-mer sont identifiés ci partir de 1989 et le reposoir de haute-mer est localisé en 1990.

Les animaux sont dénombrés à partir de points d'observation répartis sur le littoral (observation terrestre). Les moyens optiques sont divers (jumelles, lunettes ... ). Mais, l'idéal demeure la lunette munie d'oculaires grossissant de 30 à 40 fois. L'oculaire 30 fois grand-angle constitue le meilleur compromis entre la lumière nécessaire (luminosité), le grossissement dispensé et Ici rapidité de localisation des animaux.
En 1991, des repérages aériens ont été organisés par le Groupe Mammalogique Normand dans le cadre de l'Observatoire des Mammifères Marins. L'objectif de ces missions était d'identifier les sites pouvant accueillir des phoques, de localiser les groupes et de tenter d'en évaluer l'importance. Cette méthode a été principalement mise en oeuvre en baie du Mont-Saint-Michel, compte-tenu de l'étendue du site à prospecter.

1992 est marquée par un fléchissement de la pression d'observation qui trouve une origine dans la limite du bénévolat, car l'acquisition de données indispensables à la mise en oeuvre d'une protection des milieux et des espèces demande un fort investissement en temps et en moyens humains. Les moyens sont alors apportés par la Réserve Naturelle de Beauquillot qui s'investit de plus en plus dans le suivi. Cette nouvelle collaboration a ainsi permis d'étudier les différentes activités des animaux et de suivre les évolutions de leurs effectifs en baie des Veys. Elle a en outre permis au Groupe Mammalogique de s'investir dans le suivi de la colonie de la baie du Mont-Saint-Michel.

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Phoques Veaux-marins (Phoca vitulina) sur le reposoir de haute-mer, réserve naturelle de Beauguillot

Au niveau national, la connaissance s`affine et le statut biologique et la répartition de cette espèce peuvent être précisés. En France, le phoque veau-marin se répartit essentiellement au sein de trois colonies : la baie de Somme avec une soixantaine d'animaux (environ la moitié des effectifs français de l'espèce), la baie des Veys (27 individus) et la baie du Mont-Saint-Michel (22 individus). En outre, de 1 à 10 individus sont irrégulièrement observés à Dunkerque, en baie de Canche, en baie d'Authie et en baie d'Orne.
Après une période de stagnation des effectifs, le groupe de phoques de la baie des Veys marque une nette augmentation du nombre d'individus. Cet accroissement laisse envisager une tendance durable d'évolution. Ce phénomène peut représenter un privilège indéniable pour la région et le département tout en constituant une amélioration très sensible de l'intérêt patrimonial de la Réserve Naturelle de Beauguillot.

EFFECTIFS MAXIMAUX ANNUELS ENREGISTRÉS DU PHOQUE VEAU-MARIN (PHOCA Vitulina) EN BAIE DES VEYS.

Jusqu'en 1991, les membres du Groupe Mammalogique Normand, chargés du suivi des phoques, suspectaient la désertion hivernale de la baie par ces animaux car on enregistre systématiquement une diminution du nombre de phoques observés sur les reposoirs en hiver. Mais à cette saison, les conditions d'observation sont souvent mauvaises et avant cette date, le groupe était peu nombreux même au plus fort de ses effectifs (en été).

  La reproduction du phoque veau-marin est suspectée en baie des Veys, depuis 1956. Les données correspondant à une naissance en 1989 et 1990 se rapportent à l'observation, par les membres du Groupe Mammalogique Normand, d'une femelle accompagnée d'un jeune. Mais rien ne permet encore d'affirmer que la mise-bas ait eu lieu en baie. Il faut attendre le 21 juin 1991 pour que la preuve de la reproduction soit établie. Jusqu'en 1995, une seule naissance annuelle est notée, puis le nombre progresse, en même temps que l'effectif de la colonie augmente. En 1998, 3 mises-bas et un échouage sont constatés.

 

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Phoques Veaux-marins (Phoca vitulina) sur le reposoir de haute-mer, réserve naturelle de Beauguillot

Sur terre, les phoques se déplacent difficilement et, se sentant menacés, ils rejoignent l'eau à la première alerte. Des mises à l'eau répétées peuvent alors entraîner l'abandon du site de repos. Cette tranquillité sur les reposoirs est particulièrement importante entre juin et septembre, époque de la mue et des naissances. Pendant cette période, les dérangements et les conditions météorologiques peuvent être préjudiciables aux jeunes (séparation mère-petit, allaitement irrégulier, nécroses de l'ombilic .... ) et peuvent se solder par l'échouage d'animaux sur les plages.
Afin de réduire l'impact de certains dérangements ou de le prévenir, une collaboration a été établie entre le Groupe Mammalogique Normand, la Réserve Naturelle de Beauguillot et l'Association de Chasse Maritime. Ainsi, un balisage à l'aide de bouées colorées est annuellement mis en place. Ce procédé vise à assurer une quiétude maximale des jeunes jusqu'à leur sevrage, en délimitant un secteur provisoirement soustrait à tout accès de l'homme.

Mais l'action ne se limite pas à ce dispositif. Pour aider à préserver ce patrimoine naturel rare en France, Ici Réserve Naturelle de Beauquillot et le Groupe Mammalogique Normand donnent quelques conseils qui pourront permettre de prévenir ces échouages et d'assurer la quiétude de ces animaux:

Pour les navigateurs et plaisanciers (voiliers, kayaks de mer, bateaux à moteur ... ) :

  • Naviguer au milieu des chenaux (Carentan et Isigny-sur-Mer), à vitesse constante et modérée, en restant parallèle aux berges. Dans ce cas, vous ne constituez pas une source de dérangement, car les phoques sont habitués à y voir circuler des embarcations;

Pour tous les autres utilisateurs de la baie :

  • Respecter la réglementation en vigueur. En effet, la Réserve Naturelle rappelle qu'il est interdit de déranger les animaux de quelque manière que ce soit, sur le territoire classé et elle déconseille donc vivement l'accès à la partie maritime lors de la haute-mer. Pour assurer la protection du groupe de phoques de la baie, le personnel effectue une surveillance accrue à cette période sensible de la vie de ces animaux, et intervient dans le souci du respect de Ici réglementation et de l'information du public.

  • Ne pas tenter d'approcher les animaux.

Toutefois, la réserve n'occupe qu'une surface limitée au regard de l'ensemble de la baie et, malgré. ces dispositions, des échouages de phoques vivants ou morts peuvent intervenir. Si le cas se présente, quel comportement adopter ?

  • Ne pas toucher l'animal, qu'il soit vivant ou mort;

  • Prévenir au plus tôt en téléphonant à la gendarmerie ou 02-33-71-56-99 sans oublier d'indiquer le lieu précis de l'échouage et si l'animal est mort ou vivant.

En respectant ces quelques consignes, vous contribuez activement à la préservation d'un des fleurons de notre patrimoine naturel pour le bonheur de tous : usagers réguliers de la baie, estivants, naturalistes.

Jean-François ELDER

Réserve Naturelle du Domaine de Beauguillot 50480 SAINTE-MARIE-DU-MONT
tél./fax : 02-33-71-56-99
couriel : rnbeauguillot@wanadoo.fr