La Gestion conservatoire

Initialement, le classement de la tourbière de Mathon en Réserve Naturelle Nationale avait pour but de protéger le site de toute menace de dégradation directe par drainage, urbanisation, mise en culture, etc. 
Suite à une période de non-intervention, il est vite apparu indispensable de mettre en place des mesures de gestion interventionnistes pour "maintenir", pour "conserver" les communautés végétales herbacées des tourbières acides et alcalines. La dynamique spontanée de la végétation tend en effet naturellement vers un boisement progressif, aboutissant à la disparition de ces groupements herbacés et sous-arbustifs héliophiles, typiques des milieux tourbeux "ouverts". 

Un choix a donc été fait par le comité de gestion : des actions de gestion sont programmées sur certains secteurs que l'on souhaite conserver en l'état tandis que d'autres ne font l'objet d'aucune gestion particulière et peuvent donc évoluer "naturellement". Débroussaillage d'ajonc d'Europe (S. Stauth)

Ces actions de gestion ne sont pas faites au hasard. Dans bien des cas, elles ne font que reproduire des gestes ancestraux, ces mêmes gestes qui ont permis de maintenir les landes et tourbières à un stade non boisé : de la fauche, du pâturage, des prélèvements ponctuels de tourbe, etc. Elles prennent également exemple sur des expériences menées dans d'autres régions françaises, dans d'autres réserves naturelles. Enfin, elles sont issues d'un travail de synthèse des connaissances et sont planifiées sur une durée de 5 ans, au terme de laquelle est réalisée une évaluation globale de la gestion.

 

Le plan de gestion

Ce document, réalisé par le gestionnaire, fait la synthèse des connaissances acquises sur le site : patrimoine naturel, historique, évolution, contexte socio-économique... Il décrit pour une période de 5 ans les objectifs de gestion et les opérations qui y sont liées. Le premier plan de gestion de la Réserve Naturelle de la Tourbière de Mathon a été mis en oeuvre de 1995 à 2000. Le deuxième plan de gestion, en cours d'application, couvre la période 2003-2008.

Soumis au Conseil National de la Protection de la Nature (C.N.P.N.), le plan de gestion doit être validé par les membres du comité de gestion ainsi que par le préfet de département.

 

Principaux objectifs à long terme du plan de gestion

 

La gestion mécanisée

La plupart des interventions mécanisées ont lieu dans le bas-marais alcalin. La végétation y évolue très rapidement, les saules et aulnes étant particulièrement colonisateurs. 
Des chantiers de coupe de ligneux et de dessouchage sont régulièrement organisés au sein de cet entité. Les ligneux sont bûcheronnés à la tronçonneuse, les souches sont arrachées à l'aide d'un palan. Tous les produits sont systématiquement exportés puis broyés ; les copeaux ainsi obtenus sont ré-utilisés pour le paillage des haies de la réserve.

Par ailleurs, une fauche manuelle est appliquée sur l'ensemble du bas-marais, par rotation ("mesure tournante"). Faucher une partie par an permet de conserver une hétérogénéité au sein de l'entité : différentes classes d'âge de roselière donc différentes hauteurs de végétation, différents stades d'évolution... Les produits de coupe sont mis en tas puis exportés hors du site (ils sont souvent ré-utilisés par la suite en litière, notamment en porcherie) ou brûlés sur tôle (avec exportation des cendres).

Débroussaillage manuel dans la roselière (CPIE du Cotentin)

Dessouchage au palan dans la roselière (CPIE du Cotentin)

Ramassage des produits de coupe dans la roselière (S. Stauth)

Exportation de produits d'étrépage, à quatre (S. Stauth)

Dans les secteurs de landes à bruyères, les interventions mécaniques restent limitées et ponctuelles. Elles visent à contenir l'extension de deux espèces particulièrement colonisatrices : 

Les deux plus grandes mares sont faucardées entièrement ou partiellement tous les deux ans environ afin de maintenir sur la réserve, des secteurs en eau libre. Il s'agit ici de favoriser le maintien des populations de plantes aquatiques des eaux oligotrophes et acides telles que les utriculaires (petites plantes carnivores) ainsi que les cortèges d'invertébrés inféodés à ce type d'habitats.

Enfin, chaque année, le réseau de clôtures et de haies bénéficie d'opérations de restauration et d'entretien.

Le pâturage

A partir de 1995, la gestion mécanisée est complétée par un pâturage extensif avec un petit troupeau de bovins Highland.  L'ensemble de la réserve est alors sectorisé grâce à des clôtures électrifiées, en plusieurs grandes zones de pâturage ; il est ainsi possible de diriger et contenir les animaux vers telles ou telles zones, en fonction des contraintes écologiques.

Gentiane (CPIE du Cotentin)

Jason (CPIE du Cotentin)

Le troupeau se compose d'un taureau et de deux femelles. Les veaux nés sur la réserve (1 à 2 par an) sont vendus à l'âge d'un an environ. Si les animaux portent une boucle et sont soumis à la prophylaxie obligatoire, ils ne font l'objet d'aucun autre traitement vétérinaire. Quelques parcelles de prairies de la réserve sont fauchées en fin d'été afin de constituer un stock de foin pour l'hiver.

Veau de quelques jours (CPIE du Cotentin)

Glycérie (S. Stauth)

Un agriculteur-éleveur d'une commune voisine assure le gardiennage et le soin des animaux : surveillance quotidienne, apport d'eau, affouragement en hiver, changement d'un secteur de pâturage à l'autre, etc.